lundi 24 avril 2017

Dis, papa, pour qui on va voter ?

Au lendemain du premier tour, je me pose beaucoup de questions quant au deuxième tour du 7 mai prochain... Avec Julie, nous avons voté de manière identique, un vote de conviction ; voter, c'est voter pour quelqu'un, un programme, des idées, ce n'est pas voter, au terme de réflexions stratégiques plus ou moins fumeuses, contre quelqu'un de manière à favoriser l'élimination de tel ou tel adversaire pour la suite des élections.
Quel candidat présent au deuxième tour s'est clairement exprimé pour la défense de la vie, comme le demandent les évêques de France ? "La dignité de notre société se reconnaît au respect des plus faibles de ses membres depuis le début de leur vie jusqu'à leur fin naturelle". Quel candidat se prononce pour la défense de la famille, tissu nourricier de la société ? 
Je ne me vois pas expliquer à Julie des recommandations de vote que je ne saurais pas m'appliquer à moi-même.
Donc, j'en conclus qu'aucun des deux candidats n'aura notre voix. Et nous prierons pour notre pays.

jeudi 6 avril 2017

Aller à Lourdes, c’est comme revenir à la maison.

Aller à Lourdes pour une rencontre Foi et Lumière, c’est comme revenir à la maison ! On s’y sent toujours chez soi, mais c’est aussi à chaque fois une nouvelle te enrichissante expérience.
Les 11 et 12 mars, la province "Entre deux Mers" s’est retrouvée à la Cité saint Pierre, là où a eu lieu notamment la rencontre internationale d’octobre 2008, le conseil des coordinateurs de février 2011. Que de bons souvenirs ! Même avec un programme très chargé, j’ai pu prendre le temps de descendre jusqu’au sanctuaire pour y déposer toutes les intentions que j’avais reçues de ma famille de mes amis et de Foi et Lumière.

Cette assemblée provinciale a eu lieu selon les "canons" de Foi et Lumière : bilan des quatre années passées, choix des priorités pour les quatre prochaines années, présentation des personnes qui ont été nommées pour faire partie de la nouvelle équipe provinciale, discernement, élections, action de grâce… Rien de très original, semble-t-il, mais à l’intérieur de figures imposées, il peut y avoir beaucoup de libertés pour manifester de l’originalité dans l’attachement que nous portons à Foi et Lumière.
D’une manière symbolique, l’ensemble de l’ancienne équipe a déposé son tablier de service avant le début de l’assemblée et la nouvelle équipe a repris le tablier à la fin de l’assemblée. Même si Michel et Sabine Arduino, accompagnés par Sam, ont repris du service, ils ont été pendant le temps de l’assemblée des délégués presque comme les autres.
Le temps de discernement a été suivi par un temps d’adoration devant le Saint Sacrement, une manière de se placer dans les mains de Jésus, pour qu’il puisse indiquer à chacun qui Il avait choisi pour accompagner la province.
La veillée a été très joyeuse ; il fallait deviner quelques figures de Foi et Lumière de trois manières différentes, avec des explications, par un mime, par un seul mot… et comme d’habitude, notre célèbre esprit de compétition a fait que chacun a gagné !
Jean-Luc raconte le pèlerinage de 1975 à Rome
Pendant tout le temps de cette assemblée, nous avons pu admirer les talents d'artiste de Jean-Luc Chaigneau ; il habite à La Rochelle et a participé à tous les pèlerinages internationaux de Foi et Lumière depuis 1971 ! Il a notamment réalisé un album de dessins (plus de 150 planches) qui raconte les premiers pèlerinages avec talent et beaucoup d'humour ! Hisse et Ho a parlé de lui en juin 2010 (numéro 6).




La messe du dimanche fut célébrée par le père André Cabes, recteur des sanctuaires de Lourdes, et ancien aumônier de communauté. Quand Monseigneur Jacques Perrier nous disait que Foi et Lumière faisait partie du patrimoine génétique de Lourdes, il ne se trompait pas !

Bonne route à la nouvelle équipe, que Notre-Dame de Lourdes veille sur vous !
La nouvelle équipe provinciale

jeudi 23 mars 2017

Les aventures de l'ECI en Géorgie

Marche dans la fraîcheur matinale avec Judex
Début mars, l’équipe de coordination internationale s’est retrouvée pour trois jours de travail à Cerovani, en Géorgie.
Tous n’étaient pas présents : Valerie était restée pour travailler pour sa thèse, Corinne était allée entourer Louise pour les funérailles de Henri Major et Ann... Ann est bien arrivée jusqu’à Tbilissi, mais à son arrivée, elle a reçu de mauvaises nouvelles de sa fille Rebecca et elle a aussitôt fait demi-tour… Grâce à Dieu, c’était moins grave que ce qu’elle craignait, mais elle nous a manqué.
Le voyage est long pour aller jusqu’à Tbilissi et les uns et les autres, malgré des heures d’arrivée parfois bien tardives, ont été à chaque fois accueillis par quelqu’un de Foi et Lumière qui était là pour nous emmener jusqu’à Cerovani ; pour ma part, je suis arrivé avec Guénaël à 2 heures du matin et le transport des écouteurs de traduction ont nécessité (comme souvent) beaucoup de diplomatie et de patience… surtout quand ça se passe au milieu de la nuit !
Chez Monseigneur Giuseppe Pasotto
Pour ceux qui étaient arrivés le plus tôt, un déjeuner était prévu chez Monseigneur Giuseppe Pasotto, administrateur apostolique du Caucase, qui exerce un rôle pastoral équivalent à celui d'évêque pour les catholiques de rite latin en Géorgie et en Arménie. Ce fut un moment très chaleureux et il nous a très bien reçus. Il était notre hôte car la maison où nous nous trouvions, Tagba House, dépend de lui. Nous avons ensuite visité la vieille ville avant de revenir à Cerovani en passant par l’ancienne capitale de la Géorgie, dont les souverains (au IVème siècle) se sont convertis au christianisme, faisant de leur pays le premier pays chrétien, sous l’influence de sainte Nino de Cappadoce.
Les temps de travail ont été très intenses et fructueux, car, outre le temps des rapports de chacun des membres de l’équipe, nous avons évoqué les questions du rassemblement des jeunes à Guardamar en août 2017, l’identité et la mission (dans la continuité de ce qui avait été fait en Pologne) auxquelles nous avons ajouté l’appel, les finances, la rencontre internationale de 2018… Nous avons aussi beaucoup prié, notamment pour Henri Major, dont les funérailles ont eu lieu pendant que nous étions réunis.
Eka présente les membres des communautés présentes
Et nous avons reçu la visite de membres des trois communautés de Géorgie (la Source, la Vigne et la Fleur du désert). Ce fut un temps très chaleureux et animé : chants, jeux, danses ont rythmé les quelques heures passées ensemble. Nous avons senti combien chacun était heureux de se retrouver ensemble ! Mais ce fut trop rapide, comme toujours et il a fallu repartir. La dernière soirée à Tagba House fut très mouvementée et joyeuse; Rebecca s’est retrouvée momifiée et grâce à l’intervention du Père Isaac, elle a pu revenir parmi nous ! Le tout étant mis en scène par Amgad avec l’aide de Raúl…



Dernière soirée à Cerovani


Nous nous retrouverons avec joie comme toujours pour de nouvelles aventures début 2018, sans doute sur le lieu de la rencontre internationale…

jeudi 9 mars 2017

Le câlin eucharistique

Marie-Odile Frey, coordinatrice de la province France Est Pétillante, est chargée de la pastorale d'un centre pour personnes handicapées à Cernay (Alsace), l'institut Saint André géré par l'association Adèle de Glaubitz. Les messes qui y sont célébrées sont pleines de ce que chacun peut y apporter, joie, peines, cris, souffrances, mais tout cela est transfiguré dans l'Eucharistie. A cette messe, les membres de la communauté Foi et Lumière locale sont également présents. Le texte qui suit a été rédigé par Christophe, le jeune aumônier du centre, après qu'il y ait célébré sa troisième messe dominicale. Il dit combien cette célébration l'a transformé, l'a fait grandir, a été pour lui une véritable rencontre avec Jésus...

C’était dimanche matin. La chapelle était assez remplie ce jour-là. Les premières personnes installées dans les bancs où devant les premiers bancs dans leurs fauteuils roulants attendaient le début de la messe. La porte était grande ouverte et on s’agitait dans le chœur pour que tout soit prêt, que tout soit en place pour célébrer l’eucharistie en ce jour du Seigneur. 
Ici, même si les horaires sont respectés, on n’est pas à une minute près. Non on n’est pas pressé : « A saint André, on prend son temps » dit Marie-Odile, chargée de la pastorale. Il faut du temps.
Du temps pour que les résidents arrivent, seuls, ou accompagnés par une autre personne qui les aide à se mouvoir ou à pousser le fauteuil roulant.
Il y a ceux qui habitent ici, les résidents, ceux qui y travaillent, les professionnels. Il y a ceux qui viennent célébrer la messe à l’Institut, parce que l’ambiance est différente, parce que la chapelle est accueillante, chauffée, belle ; parce que la liturgie est belle, simple mais soignée, parce que l’horaire les arrange. En arrivant chacun est accueilli par une des personnes handicapées de ce grand Institut et qui propose à chacun une feuille de chants.
Oui, ici, à Saint André, tout le monde a le droit de chanter. Ce n’est pas une chorale qui donne un concert depuis sa tribune ou dans le chœur, et qui fait de l’assemblée un public, venu écouter une nouvelle performance. Non, chacun chante avec. Et tant pis s’il y a deux, trois, quatre, cinq mélodies différentes pour la même partition : on chante ! En attendant de débuter la célébration, une musique de fond aide à garder le silence et à veiller à une ambiance propre au lieu. Marie-Odile veille à cette ambiance, au respect du lieu. Et même si certains s’expriment par des cris, des râles, des gestes amples, des onomatopées plus ou moins graves, plus ou moins stridentes, on sent que les personnes connaissent ce lieu, qu’elles aiment y venir prier, célébrer, que la messe est un rendez-vous désiré, attendu. Sœur Emmanuelle, quant à elle, finit de tout préparer, de la sacristie vers le chœur, et malgré ses 90 ans, grimpe les marches et les échelles pour allumer les bougies au maître-autel, sur l’autel de célébration, aux autels de Marie et de Joseph.
Elle aime tant saint Joseph. C’est un peu son chouchou. Elle n’hésite pas à témoigner de la puissance du gardien de la sainte Famille vers qui elle fait monter ses prières secrètes. La dernière en date : la nomination d’un nouvel aumônier pour l’Institut. Après des années de bons et loyaux service, le père Paul, à 92 ans, est épuisé et il ne lui est plus possible de célébrer l’eucharistie. Marie-Odile qui porte ici la pastorale depuis plusieurs décennies est attristée et, en raison de la diminution des prêtres, devra sans doute organiser certains dimanches des célébrations de la Parole. Elle n’arrive pas à se faire à l’idée que ses chers résidents qui sont ici chez eux, 365 jours de l’année, n’aient plus la grâce et la chance de pouvoir vivre la messe ! L’évêché a fait savoir qu’il faudrait s’organiser autrement, compter sur les prêtres du secteur. Elle connait la bonne volonté des prêtres des environs, mais, pourquoi, pourquoi faut-il en arriver là ? Alors, avec sœur Emmanuelle, elle prie, elle prie pour que le Seigneur donne un prêtre pour saint André.
A 10h30 … passé … parce qu’ici, on prend le temps … Christophe sort de la sacristie, accompagné de 4 servants d’autel. La cloche sonne. Le chant d’entrée se met en route. Les servants de messe sont des jeunes adultes qui malgré leur handicap ont revêtu l’aube blanche (avec l’aide de sœur Emmanuelle) et de bon cœur participent à cette mission, à ce service. Dans un rituel bien rodé, chacun reçoit et connait sa mission : sonner la cloche à la sortie de la sacristie, avancer et se tourner vers le maître-autel et s’incliner en même temps que le prêtre, se mettre autour de l’autel et donner au prêtre les vases sacrés et les burettes, sonner la cloche pendant la consécration, aller porter la paix à l’assemblée, … C’est qu’ici, dans ce lieu où vivent des personnes handicapées, on a l’habitude de voir différents prêtres. Contrairement à certaines paroisses où on ne vient pas quand on sait qu’un tel ou tel autre prêtre célèbre, ici, on accueille : on est heureux qu’un prêtre vienne donner Jésus ! Et ici, à l’Institut, quand arrive le geste de paix, c’est la fête ! Chacun se tourne vers l’autre, dans la mesure où son corps le lui permet et va sortir de son banc pour aller rencontrer le reste de l’assemblée. Ici, le geste de paix prend son temps et souvent le prêtre doit attendre le retour des servants d’autel qui sont allés donner la paix dans toute l’assemblée jusqu’à la dernière personne, jusqu’au dernier banc. Combien de nos assemblées paroissiales pourraient venir prendre exemple sur la convivialité, la joie et en même temps la simplicité et la profondeur de ce qui se vit … à l’Institut saint André. Quand nos assemblées paroissiales, prêtres et fidèles portent le visage de la gravité, de la tristesse, parfois de l’individualisme, ici, on fait l’expérience que … n’est pas forcément handicapé celui qu’on croit ! En tout cas de la contagion de la foi et de l’art de communiquer … même sans pouvoir parler ou bouger avec son corps.
Christophe, le prêtre, c’est lui, le « miracle de saint Joseph » pour sœur Emmanuelle. A force de prières, telle la veuve de l’évangile qui « casse les oreilles du juge », sœur Emmanuelle et Marie-Odile auront réussi à convaincre le chaste époux de Marie. Au détour d’une nomination diocésaine, et avec un combat lié à une prière à saint Joseph … Christophe a été nommé aumônier et est donc chargé de célébrer la messe le dimanche matin. Ce jour-là c’était peut-être la deuxième ou la troisième fois qu’il y venait. Heureusement pour lui, les deux citées plus haut étaient de bon conseil, et rassurantes. Pas évident de présider la messe devant une assemblée dont la majorité des fidèles porte un handicap ! Pas évident non plus quand ces handicaps sont multiples, divers, que tous les âges sont présents en même temps dans la chapelle, quand certains mots ont tout à fait une autre portée dans ce contexte-ci ! Comment se tenir ? Quoi dire ? Quoi ne pas dire ? Il lui fallait tout apprendre … Et même, disait-il, à ré-apprendre à célébrer la messe. Non pas qu’il s’agissait de révolutionner le rituel de la messe, ce n’est pas son style, mais savoir ajuster les paroles, les mots, parfois moins de paroles, parfois plus d’explication, parfois être plus spontané, et de toute manière, pour l’homélie, court … ce qui n’est pas gagné pour ce prêtre réputé bavard dans ses homélies … Marie-Odile lui rappelait volontiers cette parole : « ici, il faut t’adresser aux résidents, pas d’abord aux personnes venues de l’extérieur ». Facile à dire, quand on a tout à apprendre ! Mais une parole nécessaire, en vérité.
Le geste de paix vient de se terminer. Christophe est dans l’admiration de cette spontanéité et de cette simplicité d’une rencontre où handicapés et les autres … se fondent dans une même communion autour d’une invitation : « Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnez-vous la paix ! ». Avec une certaine appréhension quand arrive le moment de la communion, il se rend aux pieds des marches du chœur. Il doit encore se sentir en confiance devant une assemblée dont il sait qu’un geste, un regard, une attitude peut provoquer des réactions parfois surprenantes,… surtout en ce moment sacré par excellence de la distribution de la communion. Il lui faudra apprendre que Jésus (qu’il tient entre ses mains !) n’a pas eu peur, lui, d’aller dans les foules improbables, dans les lieux où les codes étaient autres que ceux des bien-pensants … Dans un désordre pourtant habité, les personnes s’avancent, de la gauche, de la droite, au centre, pour recevoir Jésus. Pour un prêtre, donner Jésus, dans la messe qu’il célèbre, est la plus grand et la plus belle chose. Il a donné sa vie pour cela. Pour donner Jésus présent dans l’hostie. Ici, pas de place pour les rigoristes et les rubricistes. Certains ouvrent la bouche pour communier, d’autres ouvrent les mains, ou saisissent l’hostie. Il faut parfois aider, demander, accompagner. C’est toujours très beau de voir telle autre personne handicapée ou tel professionnel, tel paroissien aider le résident qui ne sait plus comment faire, quoi faire, par où repartir pour regagner sa place … On se croirait au moment de la distribution des pains multipliés dans l’Évangile.
Ce jour-là Patrick se présente devant le prêtre. Il s’agit d’un homme d’une quarantaine d’année, portant le handicap de la trisomie 21. Les deux hommes ne se connaissent pas encore. Christophe lui présente l’hostie : « Le corps du Christ ». Patrick, les mains ouvertes, grand sourire au visage, se laisse devenir crèche vivante quelques instants, le temps que Jésus repose entre ses mains comme dans le berceau à Bethléem. Il répond : « AMEN ». On imagine alors Patrick repartir à sa place. L’histoire pourrait se terminer là.
Mais il n’en est rien ! Alors que le prêtre saisissait déjà l’hostie suivante dans ses mains, tel un geste machinal et automatique, Patrick, resté devant lui le saisit avec empressement et, posant ses mains autour des épaules du prêtre, lui pose deux bises sur chacune des joues. Christophe est saisi d’étonnement ! Il ne sait plus quoi faire, comment se positionner. Il se demande ce qui est en train de se passer. En 13 années de sacerdoce, jamais personne ne l’avait embrassé, une fois avoir communié, une fois avoir reçu Jésus hostie. Au contraire ! Combien de fois dans son cœur avait-il pesté quand une main en forme de pince venait prendre l’hostie sans même répondre le simple « Amen » ! Ce dimanche-là, Christophe vivait une des plus belles messes de sa vie de prêtre. Dans la joie de la présence d’un prêtre qu’il ne connaissait pas, dans la joie de pouvoir s’avancer à la messe pour communier, un handicapé, trisomique, Patrick l’embrassait ! Etait-ce tout simplement une question de politesse ? Un tic ? Une manière d’être de Patrick qui faisait une démonstration affective un peu exagérée, ou mal gérée ? Christophe, l’espace d’une seconde (qui lui paraissait interminable !), se tournait vers Marie-Odile en attendant de sa part un geste, une consigne, un mot pour savoir comment se sortir de cette situation inhabituelle et peut-être inappropriée pour ceux qui suivaient dans la procession. Mais, Marie-Odile n’avait sur son visage que son sourire, ce sourire apaisant qui disait « confiance ! » ou encore « où est le problème ? ». De problème, de fait, il n’y en avait pas. Patrick venait d’inventer un nouveau rituel, celui du câlin eucharistique ! Machinalement, mal à l’aise, un peu gêné, se sentant observé par la planète entière voir tout l’univers, le prêtre lui posait une tape amicale sur la tête et déjà, Patrick se déportant légèrement, il cherchait dans le ciboire la sainte communion pour la personne suivante.
Ce câlin eucharistique se reproduit systématiquement quand Patrick vient à la messe. Il se déroule une sacrée (sic !) rencontre. En ce moment précis d’un câlin, prendre l’autre dans ses bras, faire les bises, comme il peut s’en vivre des milliers et des milliers chaque jour dans le monde entre deux personnes qui s’aiment, entre des parents et leurs enfants, entre des amis, entre deux personnes qui ne se sont plus vues depuis longtemps et se retrouvent, au moment d’une fête comme le passage de l’an, d’un anniversaire, quelque chose de très fort se vit. Le prêtre vient de communier. Jésus est présent en lui. Patrick vient de communier, Jésus est présent en lui. Mais quand Patrick prend le prêtre dans ses bras, il ne fait pas semblant : c’est de tout cœur. En cet instant qui dure l’espace de quelques petites secondes, Jésus est bien là au milieu d’eux. En leurs cœurs, à chacun, en leurs vies, mais aussi et de manière mystérieuse, dans le ciboire qui se retrouve coincé, pris au piège de la spontanéité et de l’affection de Patrick, entre les deux ! Dans le geste de Patrick, que le prêtre ne repousse pas, Jésus se retrouve comme pris au piège de cet élan de bonté et de tendresse du handicapé trisomique. Jésus est au cœur de cette image qui choquera certains, trop occupés à faire suivre des règles, des habitudes et des principes, qui provoquera la moquerie d’autres, ou qui verrons d’autres, lire le signe de ce moment. Le signe, c’est celui de la vérité : Jésus est occasion de joie, Jésus est source de paix, Jésus est celui qui rassemble les différences dans l’unité.
Ah, … si nos communautés paroissiales pouvaient avoir la simplicité de trouver en l’autre un frère, une sœur, une âme dont il faut prendre soin … Alors que dans de nombreuses églises, les fidèles s’installent sans se regarder, sans se dire bonjour, sans s’accueillir les uns les autres, la chapelle de saint André devient le modèle de ce qu’est vivre du Christ. Combien de fois quand un enfant pleure ou fait du bruit, quand de nouveaux visages arrivent, nos communautés se sentent dérangées, bousculées, … Le geste de Patrick invite à se laisser tout simplement habiter par cette question : Jésus a t’il sa place entre moi et l’autre ? Il est le trait d’union entre l’autre et moi ! Il est cette présence, cette force, cette grâce, ce miracle, ce don, ce Sauveur, ce Seigneur qui dans la simplicité, la faiblesse et la pauvreté apparente d’une hostie est capable de changer nos relations, de simplifier nos relations. Surtout, il est celui qui nous redit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ! ».
De confidence de prêtre, Patrick a fait grandir Christophe. Ils n’ont jamais échangé de paroles, tenu ensemble une conversation. Mais ce geste, ce moment vécu au cœur de l’eucharistie a donné à Christophe une certitude renouvelée qu’être prêtre est une grande chose, que de donner Jésus déplace des montagnes et ouvre des perspectives là où ne l’attend pas, plus. Surtout, il sait qu’il ne commence qu’à comprendre la grandeur, la force de l’eucharistie, fut-il prêtre depuis plus d’une décennie. Surtout, il ne cesse de repenser à ce qui se passe quand Patrick une fois avoir communié pose ce geste. Jésus est là dans le ciboire et vient, une fois de plus encore, comme le jour de Noël se faire tout petit, tout petit pour permettre à l’homme de faire une grande chose : poser un geste de paix, un geste qui est noble. Jésus croit en la capacité de l’homme de faire de grandes choses. C’est lui-même qui le disait à ses Apôtres : « vous ferez de plus grandes choses encore ! ». Jésus est là dans le ciboire, il est comme écrasé par le geste débordant de Patrick, une fois de plus froment moulu pour donner de la nourriture à ceux qui ont faim de lui ! C’est fou, c’est grand comme ce qu’il y a de plus sacré, l’Eucharistie, vient ainsi se mêler à ce qu’il y a de plus incarné, humain, un geste amical. On pense à Jésus sur la croix, qui, les bras grands ouverts, donne sa vie pour que le monde soit sauvé. Son geste préfigure tous les bras grands ouverts, tels ceux de Patrick, le handicapé, qui vient forcer les codes, les habitudes, les peurs, les certitudes de Christophe, souvent handicapé du cœur …
« Que c’est beau Jésus ! », disait le bienheureux Antoine Chevrier ! Oui, c’est beau, l’Eucharistie … si le monde savait ! Et si ceux qui savent peuvent s’étonner et s’émerveiller de la communion, notre monde courrait pour vivre ce câlin eucharistique …

lundi 27 février 2017

Chaud et froid en Ukraine

Pavlo, roi de l'Ukraine
Après l’Égypte, pays où Foi et Lumière est bien vivant, et plein d’énergie, je suis allé dans un autre pays où notre mouvement est tout aussi dynamique, l’Ukraine. Le climat n’y est pas tout à fait le même puisque, juste avant mon arrivée, il a beaucoup neigé et la température a allègrement dépassé (vers le bas) les – 10 degrés !
Pavlo et sa marmotte (babak en ukrainien)
Mais la chaleur dans les cœurs a largement compensé le froid à l’extérieur. La rencontre proprement dite s’est passée tout près de la frontière polonaise, à plus de 100 km au sud-ouest de Lviv, à Lopushanka-Khomyna. Nous étions une cinquantaine venus de presque toutes les communautés de ce pays-province. L’ambiance fut studieuse et joyeuse, sérieuse mais aussi détendue ; il y avait beaucoup de jeunes et d’enthousiasme, des temps de formation, mais aussi des temps de partage, de rencontre et de fête. Le but de cette rencontre était de désigner le coordinateur de la province, tous les vice-coordinateurs ayant été élus en mai 2016. Après un discernement réalisé avec l’aide de la responsable du comité de nomination, Pavlo (28 ans) a été élu et ce fut un grand temps de célébration. Il a fallu en effet confirmer cette élection par toutes sortes d’épreuves imaginées par les uns et les autres, depuis des questions posées par Jean Vanier et Marie-Hélène Mathieu, plus vrais que nature, jusqu’à la vérification de ses capacités personnelles dans des domaines très variés dont la confiance : il fallait, pour Pavlo qui avait les yeux bandés, se laisser tomber en arrière du haut d’une chaise en espérant que les membres de sa province seraient là pour le rattraper !
Nous avons profité du beau temps (mais froid…) pour prendre l’air et aller faire une grande bataille de boules de neige. Quand il fait froid comme ça, il faut se bouger.
Séance de bronzage dans la neige !
Il y a eu aussi une revue des activités de la province pour l’année 2017 : beaucoup de choses, dont une retraite pour les guitaristes des communautés ! Et le mot d’ordre pour l’envoi, c’était « multipliez-vous ! » L’Ukraine a le grand désir d’aller annoncer Foi et Lumière partout dans le pays, et notamment vers l’est où il n’y a pas encore beaucoup de communautés. Chacun, avant de partir, a été béni et a béni les autres, un grand moment où des choses très belles peuvent s’échanger entre les uns et les autres.
J’ai séjourné à Lviv avant et après cette belle assemblée provinciale ; j’étais logé dans une chambre de passage à l’Université Catholique d’Ukraine (UKU) dont le président est Monseigneur Borys Gudziak, éparque des grecs-catholiques ukrainiens de France, de Suisse et du Bénélux. Il réside à Paris, mais il était de passage à Lviv ; il a célébré la divine liturgie dans l’église de l’université et j’ai eu la chance d’y participer et de pouvoir parler un peu avec lui ensuite : il souhaite démarrer Foi et Lumière dans son éparchie ; j’irai donc le voir bientôt.
Visite au centre Emayc (Emaus)
L’UKU, c’est aussi ce foyer, situé au cœur de l’université, qui accueille quatre personnes ayant un handicap mental. Monseigneur Borys, quand il était recteur de l’université, a voulu que les étudiants soient formés intellectuellement, mais aussi qu’ils puissent avoir une possibilité de contact avec des personnes différentes pour être mieux "structurés" humainement. Quelle belle intuition ! Ce foyer dépend du centre Emaus dirigé par Christina, qui a fait partie de ma communauté, et nous avons pu passer un bon moment ensemble pour le dîner, pour jouer et prier. Le lendemain, j’ai pu la retrouver sur son lieu de travail avec son équipe. J’ai réalisé combien leur travail d’information, de communication, de sensibilisation au problème du handicap était important et riche de résultats positifs !
Pour que le séjour soit le plus complet possible, j’ai aussi été accueilli le temps d’un dîner à l’Arche de Lviv. Encore un bon moment.

Merci beaucoup à Uliana, à Pavlo et à tous ceux qui ont rendu ce séjour en Ukraine si riche en rencontres. Je me suis senti chez moi chez vous !



vendredi 17 février 2017

De Toutânkhamon aux pyramides

Toutânkhamon
Après l’assemblée de la province ILA Trinity à Beyrouth, l’étape suivante, toujours au Moyen Orient, a été l’Égypte pour six jours bien remplis.

J’ai été accueilli à l’aéroport par Amgad, vice-coordinateur international pour les 6 provinces de cette région, et sa famille : Mary sa femme, Edward et Rita, leurs deux enfants de sept et deux ans. C’est une période de vacances en Égypte et j’ai eu le plaisir de les accompagner pour une découverte du Caire. Ils habitent à Mansoura, à deux heures de voiture à l’intérieur du delta du Nil et n’ont pas très souvent l’occasion de venir dans cette ville immense où la circulation est assez surprenante. Le même trajet peut prendre 45 minutes ou deux heures selon les embouteillages, les lignes blanches sont là pour faire joli et les piétons traversent quand et où ils ont envie de passer de l’autre côté ! Nous avons effectué un grand voyage dans le temps pour aller visiter le Village Pharaonique : on y découvre une impeccable reproduction de la vie dans l'Égypte antique. Ce voyage à l'époque des pharaons est rendu très vivant par des acteurs et des reproductions de bâtiments (y compris la tombe de Toutânkhamon), de vêtements et des modes de vie de l'Egypte antique. Ce fut un excellent rappel des cours d’histoire que j’avais suivis il y a bien longtemps.
L'équipe du carnet de route
Le soir, après avoir récupéré Corinne Chatain qui arrivait de Paris, nous avons rejoint le quartier de Muqattam qui domine la ville du Caire. C’est là, chez les petites sœurs de Jésus que nous avons retrouvé l’équipe du futur carnet de route : Abouna Adel, Maged, Rami, Aïssa et Bernadette, la fondatrice de Foi et Lumière en Égypte. Pendant deux jours, nous avons bien travaillé pour construire la trame de ce document qui va accompagner les communautés du monde entier pendant une année. Le thème qui avait été retenu est la prière de Foi et Lumière et nous serons abreuvés chaque mois par les eaux du Nil, ce grand fleuve sans lequel il n’y aurait pas de vie dans le pays ; dans la liturgie copte, il y a une très belle prière aux eaux du Nil qui sera reprise dans le carnet de route.
Atelier de tissage
Nous avons bénéficié de l’environnement des trois petites sœurs de Jésus, de leurs prières, et, accompagnés par la petite sœur Odile, nous avons pu accompagner la petite sœur Magda dans le quartier voisin des chiffonniers du Caire, là où sœur Emmanuelle a vécu au milieu de la plus grande communauté de zabbalines (chiffonniers) du Caire. C’est là qu’elle passe ses journées auprès d’enfants dans une école et de femmes dans les ateliers. Très impressionnant, surtout quand on sait que c’est là que travaille le responsable de la communauté Foi et Lumière locale, "les Frères de Jésus" que, malheureusement, nous n’avons pas pu rencontrer. Nous avons pu visiter des ateliers de tissage, d’artisanat avec des matériels de récupération (papier, capsules de café, capsules de canettes…).
Chez les chiffonniers du Caire
Du Caire, nous avons pris le train pour rejoindre Minya, à plus de quatre heures vers le sud. La province Egypte Centre nous y attendait pour leur fête de la lumière, une super fête avec plus de 600 participants. Pour un reportage plus détaillé, lisez le numéro 216 d’Ombres et Lumières, vous y verrez combien les Égyptiens de Minya sont accueillants et chaleureux !
Au retour au Caire, il restait encore un peu de temps avant de reprendre l’avion du retour et nous avons eu la chance de pouvoir visiter le site le plus fameux qui existe sur terre, car c’est là que se trouve la seule des sept merveilles du monde encore visible aujourd’hui…. les pyramides ! Toujours avec Amgad et Mary, mais sans leurs enfants, je me suis retrouvé avec une âme d’enfant, les yeux tout écarquillés, pour admirer ces somptueuses réalisations, de haut desquelles plus de quarante-deux siècles nous contemplent ! Pour jouer le jeu jusqu’au bout, il fallait bien monter sur un chameau… ce qui fut fait ! Le retour à l’aéroport nous permit de prendre un avion dont l’heure de décollage était 1h35 du matin ; la nuit fut courte pour une arrivée à 5h…
L'album photo
Au pied de la pyramide de Khéops


mercredi 8 février 2017

Coup de foudre au Liban

Le couvent Notre-Dame du Puits
C’est rare de voir la foudre tomber sur un avion quand on est à l’intérieur ; c’est comme une grosse vague blanche qui recouvre l’avion du haut vers le bas, un petit bruit sec, et puis rien… C’est à la fois impressionnant et insignifiant, merci M. Faraday ! C’est ce qui m’est arrivé avant l’atterrissage à Beyrouth fin janvier, alors que je me rendais au Liban pour l’assemblée de la province ILA Trinity. C’est peut-être l’Esprit Saint qui me souhaitait ainsi la bienvenue ?
Pendant deux jours, nous nous sommes retrouvés dans le couvent Notre-Dame du Puits, au-dessus du port de Beyrouth, avec les communautés libanaises de la province ; malheureusement, la communauté d’Iran n’était pas présente et les délégués d’Arménie qui avaient pu faire leur première étape jusqu’à Moscou (le trajet le plus commode pour venir d’Arménie au Liban !) ont raté leur correspondance et ont dû faire demi-tour…
Pendant une journée, ce furent des réflexions sur le thème qui avait été choisi pour cette assemblée, "nous voulons te dire oui". Une phrase extraite de la prière de Foi et Lumière, ça m’a paru un bon choix alors que nous allions la semaine suivante préparer le carnet de route de l’année prochaine sur ce thème. Pendant le temps en groupes de partage, j’ai pu aller visiter le lieu de la rencontre internationale de 2018, Notre-Dame du Mont. C’est un très beau site avec une vue exceptionnelle sur Beyrouth et la baie de Jounieh et il y a des installations très modernes avec un très bel amphithéâtre, de nombreuses salles pour les ateliers et groupes de partage, une grande chapelle… Je suis sûr que les délégués s’y sentiront très bien ; même en été où il peut faire chaud au Liban, les températures sont moins élevées dans les hauteurs et il y a de l’air.
Le dimanche, ce fut l’assemblée provinciale proprement dite avec le choix des priorités et le discernement de celui ou celle qui allait remplacer Antoine Abboud pour accompagner la province pendant les quatre prochaines années. Ce temps fut introduit par une vidéo où tous les anciens responsables du pays ou de la province ont pu dire comment ce oui donné avait changé leur vie, depuis tante Denise jusqu’à Antoine, que des très beaux et émouvants témoignages.
Antoine et Antoinette 
Monseigneur Michel Aoun
Ce fut Antoinette Makhoul qui a été choisie pour ce service, et comme d’habitude, tous sont venus remercier la remercier pour avoir accepté : elle a tout de suite revêtu le tablier que lui a transmis Antoine. Il restait encore à choisir ceux qui allaient accompagner les communautés en tant que vice-coordinateurs et désigner le comité de nomination provincial. Et l’assemblée s’est terminée par une messe célébrée par Monseigneur Michel Aoun, le délégué de l’Église catholique pour Foi et Lumière. La chapelle du couvent Notre-Dame du Puits est superbement décorée par des mosaïques du père Mario Rupnik (qui avait illustré le carnet de route de l’année 2014-2015). Derrière Monseigneur Michel Aoun, il y avait la mosaïque de la Samaritaine et l’Évangile du jour était… la Samaritaine ! J’ai pu m’entretenir avec lui quelques instants après la messe pour lui donner quelques nouvelles du mouvement et lui demander s’il pourrait accueillir une rencontre des délégués des Églises dans son évêché, ce qu’il a accepté bien volontiers.

La nouvelle équipe provinciale
Et dès le lendemain, il me fallait repartir vers le Caire. Ce furent deux jours bien remplis et je suis toujours très touché de l’accueil que peuvent nous réserver les Libanais… Merci à Michat pour la première soirée à Beyrouth, merci à Antoinette pour avoir dit oui, merci à Antoine pour ce qu’il a fait pendant ces quatre dernières années, merci à tous pour leur gentillesse et leur amitié à mon égard ! J’ai vraiment eu le coup de foudre pour le Liban !